Synthétisons, où en est le marketing
aujourd’hui ?
Le Marketing, omniprésent dans
nos vies quotidiennes, connaît depuis quelques années renouveau, extensions et
rénovations importantes. Le Marketing est par définition un concept mettant en
place un ensemble d’outils et de techniques pour répondre au mieux aux besoins
des consommateurs. Peter Drucker ira même jusqu’à dire du Marketing que : « Le
but du Marketing est de connaître et comprendre le client à un point tel que
les produits ou services se vendent d’eux-mêmes ».
Pilier essentiel du succès de
toute entreprise le marketing est une activité délicate même pour les plus
grandes : le géant américain des logiciels payants Microsoft fragilisé devra
repenser son modèle pour trouver d’autres voies de développement.
Face à un environnement hostile
à l’entreprise qui s’est accéléré ces dernières années, face à un pouvoir
croissant des consommateurs devenus complexes, versatiles, infidèles, avec des
comportements parfois paradoxaux, l’entreprise « doit évoluer ou disparaître »
(Kotler).
Dans ce nouvel environnement la
réponse des entreprises est celle d’un Marketing devenu relationnel qui semble
s’imposer comme nouveau paradigme : les entreprises cherchent à développer des
relations durables et étroites avec leurs clients dans un environnement
facilité par les NTIC.
On peut alors se demander si ce
modèle incontournable est suffisant aujourd’hui. Quelles sont les limites du
relationnel face à un consommateur plus complexe et ayant plus de pouvoir ? Les
entreprises ne répondent elles pas par d’autres alternatives ?
Faire le point sur une
discipline en pleine évolution est une tache difficile mais nécessaire pour
évaluer l’avenir et percevoir le profil du Marketing de demain.
Nous tenterons d’y répondre
[…].
1. Marketing relationnel :
réponse nécessaire au consommateur post moderne ?
Depuis l’apparition du
Marketing management dans les années 60, le Marketing a fortement et
nécessairement évolué. Les entreprises sont progressivement passées d’une
stratégie transactionnelle ou centrées produits à une stratégie relationnelle «
orientée client ». Ces mutations se sont produites sous l’influence d’un
contexte très concurrentiel, des modifications des consommateurs et d’un usage
croissant des technologies de l’information et de la communication.
A. Dans un contexte
changeant : le Marketing relationnel s’impose …
Pour expliquer ce changement,
il semble nécessaire de resituer le contexte environnemental. Depuis une
dizaine d’années, la concurrence est devenue de plus en plus forte du fait de
la globalisation des marchés et de l’internationalisation. Les consommateurs,
face à une offre pléthorique, sont devenus plus infidèles aux entreprises et
versatiles : Quand l’offre devient nettement supérieure à la demande, le consommateur
en position de force fait des choix et il est devenu difficile pour
l’entreprise de s’imposer avec les arguments traditionnels de la segmentation
et de la différenciation. De plus, les NTIC ont permis de mieux connaître, par
diverses techniques et outils, les consommateurs et les raisons de sa
consommation.
Le
marketing relationnel semble s’imposer comme réponse à cette problématique :
les entreprises misent aujourd’hui sur le développement d’une relation pérenne
et étroite avec le consommateur. Il vise à attirer, maintenir et développer une
clientèle (Berry) qui est au coeur des préoccupations
actuelles des entreprises. Le consommateur est passé au statut privilégié de «
client » explique P.Hetzel.
Satisfaction par une
personnalisation et fidélisation sont au coeur de la
stratégie relationnelle. Les entreprises ont alors cherché à satisfaire le
client en lui offrant des réponses personnalisées : concept « one to one ».
Exemple de Nike qui conçoit des modèles uniques pour ses clients.
Dans un second temps, on
cherche à fidéliser : établir des relations durables avec le client. On parle
aujourd’hui de cycle de vie du client, de notion de « Life Time value » qui
exprime bien que le client est considéré comme un actif stratégique pour
l’entreprise. D. Peppers et M. Rogers vont même
jusque distinguer les clients les plus rentables des clients les moins
rentables.
On voit alors apparaître un
arsenal illimité de programmes de fidélisations : carte de fidélité, club
consommateur, consumer magazine, service privilège, … Des sociétés comme
Procter et Gamble pour leur marque Pampers qui vont
établir des relations fortes avec les mamans avant même que bébé ne naisse. Et
c’est ensuite tout un programme qui est conçu pour personnaliser l’offre et
pérenniser la relation jusqu’à l’âge de la propreté (envoi de bon de réduction
pour couches, cadeau d’anniversaire, …). Des marques comme Nestlé utilisent
cette même approche en accompagnant la croissance de l’enfant dans sa
diversification alimentaire.
[…]
B. … facilité par des outils
relationnels plus modernes
L’intégration croissante des
nouvelles technologies de l’information a facilité l’efficacité du modèle
relationnel. L’apparition et le développement d’Internet ont joué un rôle
moteur. Toutes les entreprises ont un site internet qui va être une interface
dynamique avec le client potentiel répondant au besoin de satisfaction et de
fidélisation. Dans un premier temps, internet va permettre une meilleure
connaissance des clients (fichiers de mieux en mieux renseignés) et une
rapidité de gestion de base de données. Dans un second temps, les entreprises
vont pouvoir répondre de façon individualisée au consommateur par une offre
personnalisée. Exemple des sites de vente de produits culturels tels la FNAC et
AMAZON qui présentent à leurs clients des produits en adéquation avec leurs
achats antérieurs. Enfin, le web a facilité la fidélisation. De la simple carte
de fidélité à puce, on est passé à des systèmes de fidélisation beaucoup plus
sophistiqués (points SFR consultés sur le site web de la marque pour bénéficier
d’offres en ligne, email de promotion, jeux en lignes permettant de gagner des
cadeaux,…). Depuis peu, l’utilisation d’Internet va permettre d’ajouter encore
du lien avec le consommateur. Il participe à la décision de l’entreprise ou
propose en amont (rôle coproducteur du consommateur). Ainsi DANONE fait choisir
ses nouvelles saveurs aux consommateurs par le biais d’un site web/ idem pour
Liebig et ses nouvelles recettes de soupes. L’Internet permet de s’affranchir
des contraintes de temps et d’espace : le consommateur va pouvoir rester en
contact 24 heures sur 24 avec les entreprises.en
proposant des commandes en ligne 24H/24, agents conversationnels virtuel actifs
à toute heure.
[…]
2. … Face aux réponses
insuffisantes du « tout relationnel » un Marketing multi facettes prend place !
Sans remettre en cause
l’existence du Marketing relationnel, on peut se demander si
il est suffisant aujourd’hui. C’est une optique de long terme qui pose
certaines limites et ne donne pas des réponses suffisantes à court terme. Ceci
pour les consommateurs qui développent des comportements contradictoires et
inconstants comme pour les entreprises secouées par la concurrence
internationale (les MDD, les HD, …).
A. Approche qui néglige le
réel pouvoir des consommateurs et apparait limitée pour les entreprises.
[…]
Le réel pouvoir des
consommateurs : l’utilisation d’une démarche relationnelle peut apparaître
inefficace et insuffisante dans l’approche des consommateurs.
Le consommateur complexe pose
le problème du caractère insaisissable de ses comportements : or le modèle
relationnel doit établir une relation durable basée sur la connaissance accrue
des clients : comment avoir une démarche relationnelle durable pour un consommateur
qui aujourd’hui est capable de voyager en premium Air France et demain avec easyjet ?
Les consommateurs sont de mieux
en mieux informés sur les produits ils ont une meilleure connaissance de
l’offre, .une transparence des prix : Internet facilite la recherche du
meilleur rapport qualité/prix : par les comparateurs de prix très utilisés pour
les compagnies aériennes.
Le consommateur est rompu aux techniques marketing employées, qui ont pu se jouer de
lui par le passé. Ainsi l’humoriste « Trinidad » se joue de ces
techniques lorsqu’en Janvier 2010 elle rappelle le décès d’Yves Rocher , fondateur de l’enseigne éponyme :
« maintenant que Yves Rocher est mort, qui va me souhaiter un bon
anniversaire et me rappeler que la Saint Valentin approche ? ».
Les consommateurs souhaitent
plus d'honnêteté et de transparence. Ils ont souvent entendu parler de
publicité mensongère, de fausses promotions, de contrats pièges ;… Ils ne sont
pas dupes des objectifs relationnels des entreprises et peuvent décider de
rompre ce lien en un coup de clic ou en signalant comme indésirable les spam
par exemple.
De plus la consommation est une
valeur en mutation : Le Consommateur devient Socialement Responsable ( Webster 1975) et attend un engagement sociétal des
entreprises au delà de leur démarche relationnelle, Il prends le pouvoir en
décidant de moins , mieux ou non consommer : Il boycotte « Danone licencie :
licencions Danone de nos caddies » cette opération a l’encontre d’un entreprise
qui mise sur sa démarche relationnelle (avec un engagement santé fort) est
éloquent ! internet , outil relationnel, permet surtout un pouvoir
d’expression, de revendication et de censure de plus en plus utilisé par les
moyens modernes tels tchat,, les forums (promotion de
casseur de pub, du livre « No Logo » de Naomi Klein...) D’après une
étude Megabrand « les acheteurs accordent maintenant
plus de confiance aux avis de consommateurs sur les forums qu'aux marques ».
Ne se contentant plus de
regarder les caractéristiques intrinsèques du produit, qui tendent vers
l'uniformisation, les consommateurs sont généralement très sensibles aux
services qui lui sont associés. Dans un contexte de saturation des marchés où
les prix sont souvent les plus bas possibles, les services constituent un
élément sur lequel se distinguer. D'ailleurs, les consommateurs se sont rendus
compte que ce qui fait la différence entre deux propositions commerciales,
c'est bien souvent le service après-vente.
Limites du marketing
relationnel dans les entreprises :
L’utilisation d’une démarche
relationnelle connaît certaines limites quant à l’application dans les
entreprises pour diverses raisons :
C’est une démarche de long
terme et souvent très couteuse. Il est difficile pour certaines sociétés de
constituer et d’utiliser des BDD efficaces car il faut du temps et des
investissements considérables. Pour beaucoup d’entreprises l’approche relationnelle
consiste à simplement entretenir et gérer la BDD !
De plus les outils relationnels
perdent de leur efficacité car utilisés par toutes les organisations : ils se
banalisent : l’émergence des programmes de fidélité fait par tous ne devient
plus un argument de différenciation (combien avons-nous en poche de cartes de
fidélité ?)
On peut reprocher aussi aux
entreprises l’inefficacité de l’intimité du lien crée avec le client Une
chercheuse canadienne Boulaire montre qu’un lien de proximité n’est pas
toujours accepté par le client (étude sur la perception des envois de cartes
d’anniversaire par les sociétés)
[…]
B. Des réponses multiples :
du marketing aux marketings
[…]
Conduire ou être conduit par les marchés ?
A trop vouloir répondre aux
exigences des consommateurs les entreprises vont
adopter les mêmes stratégies et avoir le même axe de différenciation. Il
devient donc difficile d’avoir un avantage concurrentiel durable : c’est par
exemple le cas des opérateurs de téléphonie mobile ou des FAI qui font des
offres quasi- similaires pour s’adapter au marché en s’alignant sur la
concurrence.
Brown a montré que les
entreprises qui se centrent trop sur les exigences du client (qui ne savent pas
ce qu’ils veulent) proposent des produits tous identiques, des campagnes qui se
ressemblent et entraine une stagnation du marché !
A l’inverse certaines
entreprises vont créer et influencer le
marché et les comportements des consommateurs de manière à acquérir une
position concurrentielle durable. En créant de nouveau produits avec une
innovation réelle : c’est le cas du phénomène Ipod
d’Apple. (Steve Jobs de retour aux manettes de l’entreprise se concentre sur
l’élément produit du mix)
Quels arguments /positionnement
efficaces ?
Le Prix, l’engagement sociétal, et une différentiation poussée à
l’extrême semblent être aujourd’hui
les principaux arguments de la réussite marketing.
L’argument -prix revient en
force ces dernières années dans un contexte économique morose : le discount
tien une place prédominante. On ne compte plus les sociétés low-cost qui fleurissent dans tous les domaines (easyjet, logan de Renault … et
même Air-France va proposer une compagnie low cost en fin d’année)
Cela montre bien que le
consommateur va alors préférer une relation uniquement transactionnelle plutôt
qu’une relation pérenne.
L’engagement sociétal est un
des arguments forts pour convaincre les clients du bien fondé de leur
consommation et donne une légitimité de fait à l’entreprise : des sociétés
comme body shop, Ben and Jerry ont su s’imposer avec ce seul argument ; mais
utilisé par toutes il se banalise et perd sa force.
L’argument différenciation
est efficace pour les entreprises qui arrivent à pousser cette différenciation
à l’extrême : c’est ce qu’apelle JN Kapferer « Les marques premium » qui deviennent des
références sociales : dans un marché surabondant de milieu de gamme les
consommateurs s’offrent les marques qui le valorisent : ex Apple et Nespresso qui vont jouer sur leur caractère exclusif par
leur design, simplicité et leur valeur d’appartenance.
C. Le consommateur coproducteur d’expériences.
Cette interaction se
manifeste à au moins deux niveaux : le consommateur contribue à donner une
valeur de communication et une valeur hédonique au produit.
La confirmation des hypothèses du marketing expérientiel oriente les responsables marketing sur une nouvelle piste. Pour Gilles MARION,le marketing se trompe quand il propose d’avoir pour fonction principale la satisfaction des besoins du consommateur. Celui-ci n’est pas un être rationnel (« oeconomicus »), cohérent dans ses choix, qui cherche , après avoir hiérarchisé ses besoins, à maximiser sa satisfaction au travers de sa consommation. S’appuyant sur les travaux de Veblen sur la consommation ostentatoire, sur les écrits de Baudrillard et de Bourdieu, il réaffirme que la consommation va bien au-delà de la satisfaction des besoins au sens primaire, fonctionnel du terme ; leur objet est beaucoup plus que sa valeur d’usage ; un objet est un signe, un marqueur social qui véhicule un sens, permet à la société de se hiérarchiser et à l’individu de se positionner et s’intégrer aux catégories sociales ainsi créées au sein de la société. Plus que « quelque chose qui sert à quelque chose », un objet est un langage, un mode de communication. (à suivre… Karim Fassassi